Bilan d’une année de défense collective

Cela fait un peu plus d’une année que la Défense Collective Paris-Banlieues existe et qu’on intervient dans les mouvements sociaux ! La DCPB est un groupe ouvert, c’est-à-dire qu’il n’y a pas besoin de nous connaître personnellement pour venir participer, et il nous semblait normal de partager avec celles et ceux que ça intéresse un bilan de nos activités durant ces 12 mois (et quelques).

Quand on a commencé à s’organiser ensemble pendant le mouvement des gilets jaunes, nous étions peu et venions d’horizons et de cultures politiques différentes. La seule chose qui nous reliait vraiment au niveau des pratiques à ce moment-là était notre présence aux manifs et notre envie de s’organiser pour les déborder ensemble. Notre rapport à la rue a beaucoup fluctué pendant toute cette année, mais nous avons réussi à revaloriser le fait de s’organiser pour descendre dans la rue ensemble, et nous défendre !

Une des premières chose qu’on a mis en place quand le groupe est devenu public, ce sont nos différentes formations, avec pour objectif de diffuser des pratiques face à la police et la justice en amont des arrestations, ce qui nous paraissait manquer un peu à Paris et alentours. En moyenne, on a réussi à organiser une formation sur la garde-à-vue et un déplacement collectif par mois (en comptant le temps du confinement). Malheureusement, toutes nos tentatives de collaborer avec d’autres collectifs ou individu.es pour ces formations-là ont échouées, même si on a pu effectivement travailler avec des collectifs sur d’autres questions cette année. Nous pensons que les guerres de territoires militants sont dommageables, alors on en profite pour leur/vous-rappeler qu’on est toujours chaud.es pour se coordonner/échanger/monter des projets ensemble !

La formation sur la GAV se veut une mise en commun de nos expériences individuelles en la matière. Nous ne sommes pas des juristes, et ça tombe bien : on avait envie que la question de la défense collective ne reste pas aux mains des avocat-es et soit appropriable par les personnes concernées par la répression. Nous sommes plusieurs à avoir eu affaire à la police et la justice, et, la première fois, on aurait bien aimé savoir comment faire, quoi dire (ou plutôt ne pas dire), d’où l’idée de ce partage d’expériences. Même si on est satisfait-e-s d’avoir eu pas mal de monde en formation juridique sur toute cette période, on aimerait maintenant travailler la forme de la formation, qui reste un peu trop verticale, et sur le mode prof/élève. Il y a, c’est sûr, une tension entre vouloir tout aborder pour ne pas laisser des camarades dans le doute sur un point, et faire l’impasse sur certains moments du parcours d’un-e gardé-e-à-vue pour privilégier le temps de discussion et l’échange. Sur le même thème, on a réussi à construire une brochure assez complète sur tout le parcours d’un.e gardé.e-à-vue, depuis chez soi jusqu’au tribunal, elle est disponible sur le blog, dans l’onglet « ressources ».

Nous avons organisé des sessions de déplacement collectif, d’abord à échéance fixe toutes les semaines, puis après une période de fatigue collective dû au mouvement contre la réforme des retraites, de façon plus espacées, quand des camarades prenaient l’initiative d’en animer. Nous considérons que la répression est une chaîne continue depuis la rue jusqu’au tribunal, en passant par le comico, et nous trouvons important d’intervenir sur tous ces espaces (et même en amont !). Les déplacements collectifs nous permettent d’apprendre à mieux gérer notre stress durant les manifs, à favoriser l’organisation collective et la solidarité sur la force individuelle, à nous faire confiance et à faire confiance à nos camarades pour ensuite bouger plus sereinement dans la rue. On a pu inventer nous-mêmes de nouveaux exercices suite à nos expériences mais aussi en apprendre de nouveaux en allant à des déplacements organisés par d’autres camarades.

Nous avons également co-animé un premier atelier autour du soin et de nos limites liées à la rue, qui a pu permettre à chacun.e de s’exprimer en petit groupe et ça nous a fait du bien. Certes ce n’était pas parfait, mais on va essayer de le re-travailler, notamment sur la gestion du temps et du rapport à l’autre.
On a beaucoup trainé au tribunal pour soutenir des camarades et leurs proches, pas autant qu’on aurait voulu car la rue prenait déjà pas mal d’énergie et était primordiale pour nous. Mais on a tout de même pu préparer ensemble plusieurs défenses avec des camarades qui devaient faire face à la justice, ou à des convocations aux flics, et contester quelques amendes.
On a essayé de diffuser, au moins en interne, une culture de la défense numérique permettant de communiquer entre nous et vers l’extérieur de façon plus sécurisée et sans que ça ne représente un poids trop lourd.
On a fait notre premier arpentage il y a peu, autour du livre “Se défendre” d’Elsa Dorlin, c’était chouette et on a pu voir qu’il fallait mieux gérer notre temps pour que le temps de lecture et le temps de restitution laissent aussi place au débat, et pour cela, peut-être choisir des bouquins/textes plus courts, ou bien s’attendre à ce que ça dure plus longtemps.
On a écrit plusieurs tracts et une brochure, toujours dans l’idée de diffuser des pratiques en manif ou au tribunal, également disponibles dans l’onglet « ressources ». Et on est même passé-e-s sur une webradio, le podcast ici.

On a été assez actif-ves durant le mouvement social de la fin de l’année dernière et du début d’année, moins durant le confinement. Beaucoup de manifs ont ponctué l’année : syndicales, féministes (mixte ou non-mixtes), anti-racistes ou autres, et on a aussi essayé autant que possible d’être sur les points de blocages.
Beaucoup de gens sont passés plus ou moins longtemps à nos réunions, on les remercie pour leurs apports dans nos reflexions ou l’aide apportée ! On peut dire que des dizaines de personnes ont contribué à construire la DCPB. On a pu tester différentes manières de faire nos réunions ou nos discussions, de faire attention à l’espace qu’on prend, à ce que les nouvelles personnes se sentent bienvenues et légitimes à participer, on a beaucoup discuté d’organisation et c’est très bien. Autant que possible, après chaque moment dans la rue nous nous retrouvons pour discuter de ce que nous avons vécu, de ce qui a pu être violent, de ce qui a fonctionné ou non. On a pu discuter de nos limites tant dans la rue que dans l’engagement militant, de notre rapport au groupe, et essayé, parfois trop tard car nous étions déjà épuisé-e-s, de retrouver un meilleur rapport à la lutte et au groupe politique. On a aussi pu échanger sur les pressions du milieu militant, des souffrances directement liées aux conflits de pouvoir, de position ou de légitimité entre groupes, et qu’on regrette. Mais aussi des rapports de pouvoir et de domination entre nous, sur lesquelles on a déjà pas mal travaillé et qu’on continuera à avoir en tête. On est toujours déter pour organiser des trucs avec les autres groupes, ça n’a pas toujours marché, mais on a fait des belles rencontres. Pour nous, on peut s’organiser ponctuellement sans être forcément potes, fonctionner ensemble pour apporter quelque chose d’utile aux mouvements sociaux.

Difficile de dire ce qu’on aimerait faire durant la prochaine année. On a tellement d’idées qu’on n’arrive pas à tout mettre en place, et c’est pas grave. Idéalement, on aimerait que plein de gens continuent de s’approprier la DCPB comme un outil et espace pour en faire ce qu’iels veulent. On est attaché-e-s à être un groupe ouvert, n’importe qui peut venir à nos réunions du dimanche soir et proposer de nouveaux trucs, on en discutera ensemble à partir de la rentrée. On a pu constater qu’être un groupe ouvert ça implique aussi de faire un travail sur l’accessibilité de la DCPB et sur l’inclusivité, notamment des personnes neuro-divergentes. Même si on a essayé de rendre les réunions et le déplacement collectif dans la rue les plus inclusifs possible, on est conscient-e que nos efforts ne sont pas suffisants jusqu’à maintenant, et on est prêt-e à prendre du temps pour faire ce qu’il faut pour permettre à chacun-e de participer aux activités du groupe selon ses envies. Enfin, étant donné toutes les choses enthousiasmantes qui nous attendent et qu’il y a à faire, on encourage nos camarades de ne pas hésiter à construire leurs propres groupes, de défense collective ou autres !

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Paris : compte rendu de la manif du 16 juin 2020

Ce texte a été intialement posté sur paris-lutte.info

Ce compte-rendu n’a pas vocation à refléter l’entièreté ou la chronologie de la manif, mais cherche à revenir sur les tactiques de rue dans le but de continuer à développer ensemble notre défense face à la police. Comme tous les comptes rendus, il a été écrit d’un certain point de vue, celui de la défense collective comme pratique, qui pour nous débute dans la rue. Les analyses sont écrites au passif pour des raisons que chacun.e peut imaginer mais en tant que manifestant.es nous cherchons à nous les appliquer d’abord à nous-mêmes. Lorsqu’un nous est utilisé, il l’est au sens des gens présents à cette manifestation.

La police attendait à la sortie du métro St François Xavier. Très rapidement, des camarades ont été mis de côté pour une fouille puis une interpellation, ce qui nous a rappelé la nécessité de rester aux aguets avant même les départs de cortèges, bien groupé.es. Lorsqu’ils veulent nous fouiller, on peut jouer des techniques d’évitement, que ce soit en évitant leur regard quand ils nous scrutent ou par le corps, en continuant d’une marche rapide et sans se retourner quand ils nous apostrophent. Cela peut, au moins, leur faire perdre leur temps et permettre à d’autres de passer sans encombre, au mieux nous permettre de réussir à éviter le contrôle.

Après un trajet très court (qui était prévu ainsi) la manifestation s’est retrouvée nassée de toutes parts sur l’esplanade des Invalides. Dès lors, il s’agissait de réussir à déjouer la nasse, créer des brèches dans un dispositif assez important afin de prolonger la manifestation vers ses objectifs initiaux ou simplement de réussir à partir sans être à nouveau fouillé.es et controlé.es, et d’éviter les interpellations qui interviennent souvent à cet instant.

Ce qu’on a pu remarquer d’intéressant, c’est l’usage de grands parapluies monochromes et sans taquet. Ils créent de la cohésion, protègent relativement des tirs de grenade et de LBD et, aglutinés, peuvent créer un rempart efficace contre la police qui peine à identifier et disperser les manifestant.es. On a aussi pu constater qu’une voiture retournée constitue un rempart un peu plus efficace qu’une banderole pour se protéger des charges.
Plusieurs techniques ingénieuses ont été trouvées sur le tas pour faire face aux tirs de grenades lacrymo : écraser les palets dans l’herbe ou les plonger dans l’eau de la bouche d’incendie ouverte miraculeusement juste derrière le point de tension. Certains palets on pu être éloignés des manifestants grâce à des gants adaptés aux fortes chaleurs trouvables en magasin de bricolage. Ces techniques ont permis de soulager un peu les manifestant.es et d’empêcher leur dispersion.
Un point essentiel reste la communication entre les personnes les plus proches du point de fixation, susceptibles d’être prises en tenaille par des brigades mobiles type BRAV, et les personnes plus éloignées, qui peuvent justement surveiller les mouvements de la police et avertir les premières lignes en cas de contournement. Il est préférable de vérifier visuellement une info avant de la crier à tout le monde, pour éviter le stress pour rien.

Pour tout cela, nous rappelons l’importance individuelle et collective d’empêcher son identification, que ce soit par le visage, les habits, ou les empreintes. Et que c’est possible de venir conseiller à un.e camarade inconnu.e et activ.e de porter des gants et un masque, tout en expliquant pourquoi. Le drône qui filmait tout du long pourrait probablement convaincre rapidement. Le noir n’est pas obligatoire, un vêtement sombre et monochrome fait l’affaire ! On peut garder en tête que soigner son style c’est autant de preuves en moins que la juge aura en sa possession pour nous foutre en taule. On a bien vu d’ailleurs par exemple que la camarade infirmière interpellée a pu être reconnue grâce à ses vêtements particulièrement reconnaissables sur d’autres images à d’autres moments de la manifestation.

La riposte immédiate après la première charge des BRAV a fait vaciller leur côté robocop et intouchable et a permis de briser l’ascendant psychologique qu’ils peuvent avoir sur les manifestations et donc limiter la peur ressentie. Presque toutes les charges policières ont essuyé une contre-charge manifestante, permettant d’éviter plusieurs interpellations et désorganisant leur gestion de la foule. Au bout d’un moment c’est même les manifestants qui menaient la danse et chargeaient en premier les forces de l’ordre, qui elles tentaient de réagir comme elles le pouvaient. C’est pour nous la preuve de notre capacité tactique : plusieurs fois, les tentatives d’encerclement de la BRAV ont échoué grâce à l’anticipation, la déter de chacun.e. Résultat, tous les corps de police ont pu être mis en échec à un moment de l’après-midi, même les fameux BRAV. Nous, sommes resté.es des heures sur l’esplanade et la police n’a pas si facilement réussi à nous faire quitter la rue, que nous étions heureux.ses de reprendre aux côtés des soignant.es qui nous avaient appelé.es depuis le confinement à descendre manifester avec elleux.

Petite pensée aux habituels virilistes qui incitent à aller devant, toujours plus devant, quitte à prendre des risques inutiles ou mal mesurés. Nous pensons au contraire qu’il est important de prendre notre temps face au danger, de lire calmement la situation, et d’en discuter collectivement. Contrairement à ce qui a pu été dit, non, « porter le noir » n’oblige personne à aller tout devant. Allons-y quand nous l’estimons nécessaire et utile, et surtout quand nous y sommes tous.tes prêt.es.

Pour finir, nous rappelons l’importance de discuter après la manifestation avec nos camarades de ce qu’on a vécu, non seulement parce que nous vivons des expériences violentes, mais aussi pour analyser nos erreurs potentielles et nos comportements. Nous pensons que cette manifestation est globalement une réussite et affirmons notre soutien inconditionnel à tous.tes les camarades interpellé.es.

Si jamais vous passez en procès (pour cette manifestation ou une autre) n’hésitez pas à nous contacter par mail (defensecollective-pb@riseup.net) pour lire votre dossier et préparer ensemble la défense.

La Défense Collective Paris – Banlieues

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Et si on essayait de se défendre ensemble ?

Ce texte a été initalement publié le 7 janvier sur le site paris-luttes.info sous le titre « S’organiser pour se défendre ensemble »

Suite aux constats posés par l’article qui a été publié le 23 décembre sur Paris-luttes.info et qui titre « Et si on essayait d’être à la hauteur ? », la Défense collective Paris Banlieue souhaite rebondir sur certaines idées qui font écho à des questions que nous travaillons, et en approfondir d’autres depuis nos perspectives politiques.

Un texte de la Défense Collective Paris Banlieue.

Suite aux constats posés par l’article qui a été publié le 23 décembre sur Paris-luttes.info et qui titre « Et si on essayait d’être à la hauteur ? », la Défense collective Paris Banlieue souhaite rebondir sur certaines idées qui font écho à des questions que nous travaillons, et en approfondir d’autres depuis nos perspectives politiques.
Avant de commencer, nous souhaitons à nos camarades [1] gagné.es par le spleen militant récurrent qu’ils gardent l’espoir et la rage. Beaucoup de choses sont à construire, mais nous y arriverons !

Construire l’autonomie : s’organiser, au-delà de nos cercles d’amis, pour des objectifs communs.

Nous sommes d’accord que la composante autonome, aussi diverse et hétéroclite soit-elle, est encore loin de pouvoir établir ses propres stratégies politiques, ce qui lui permettrait de devenir actrice à part entière du mouvement social. C’est-à-dire, en particulier, une actrice qui ne serait plus dépendante des centrales syndicales et serait en capacité de poser son propre agenda de mobilisation. Pour en arriver là, nous pensons que nous pouvons procéder par étapes intermédiaires que l’on va tenter de détailler.

Ça fait quelques temps que les groupes organisés se font rares (ou alors discrets) sur Paris. Donc pour commencer, ça peut paraître banal voire idiot, mais n’hésitons pas à monter des collectifs. Selon nous, « monter un groupe » c’est avant tout se retrouver sur des objectifs communs, une volonté partagée de répondre à un besoin politique, et d’y répondre à partir d’une certaine conception de l’intervention. Ça peut être aussi identifier un ennemi, et mettre en place une stratégie pour l’affronter et le mettre à mal.
S’il nous parait important de développer cette organisation de groupes plutôt que de privilégier des mobilisations individuelles sur les manifs ou les points de blocages, c’est parce que la répression s’abat plus facilement sur des individus isolés que sur des groupes solidaires, et que la structure de groupe permet de diffuser plus efficacement les savoirs et savoirs-faire, donc de se protéger de la police et de la justice.

Dans cette optique d’organisation et de structuration, trois éléments nous semblent importants à souligner.
D’abord, peu importe s’il existe déjà un groupe qui semble faire la même chose que ce qu’on veut faire. Il est probable que notre approche soit différente et complémentaire de celles des autres groupes. Se reconnaître et se rencontrer peut nous permettre d’avancer ensemble sur les questions qu’on travaille. Et surtout, il serait illusoire de penser qu’un seul groupe pourrait répondre à lui seul à un besoin politique, dans un territoire aussi étendu et animé que le nôtre. En ce qui nous concerne, nous souhaitons vivement connaître ce moment où de nombreux groupes qui partagent de mêmes objectifs fleuriront, ça sera justement le signe de notre progression. Nous pensons donc qu’il est bénéfique d’encourager la camaraderie au delà de nos collectifs, c’est-à-dire l’entraide entre groupes ou individus qui se retrouvent sur des bases politiques communes larges.

Ensuite, il règne dans la capitale une culture de la screditude parfois excessive qui nous empêche de gagner en puissance. Par la crainte de la répression, l’État nous pousse à nous enfermer dans la clandestinité pour nous y piéger comme des lapins. Il nous paraît important de sortir de cet engrenage dans lequel nous nous auto-invisibilisons, de démocratiser nos pratiques pour qu’elles se diffusent, et les rendre publiques en est une manière. Il nous apparaît nécessaire, une fois nos objectifs de groupe définis, de casser une certaine culture de l’entre-amis, dans les limites des risques que l’on prend. Briser l’isolement de nos camarades qui cherchent à s’organiser et se heurtent à l’affinitaire ou à une sorte de vide politique, à notre sens, c’est déjà commencer la politique. Ce n’est en rien perdre en efficacité. Rompre avec cette barrière qui fait qu’on doit gratter l’amitié pour enfin s’organiser, c’est à la fois tenter de se faire confiance, gagner en force, et inclure les personnes de fait exclues des cercles de sociabilité politiques pour ce qu’elles sont. C’est rompre avec des logiques d’autorité en s’ouvrant à celleux qui, dans des contextes affinitaires, auraient des difficultés à s’investir dans la lutte, afin qu’ielles puissent s’organiser au même titre que les autres.

Enfin, permettre à toustes de nous rejoindre ce n’est pas ignorer les risques répressifs, mais adapter les précautions au niveau de risque que l’on veut prendre. Il est impératif de nous protéger les un.es les autres en nous refilant des astuces de défense collective contre les flics et contre la justice qui soient valables pour toustes. Par ailleurs, multiplier des groupes aux objectifs similaires, c’est diluer les responsabilités, tant sur le plan de la charge de travail que sur le plan judiciaire, bref c’est déja commencer à lutter contre l’épuisement individuel et surtout contre la repression.

Repenser et réapprendre la rue : contre la peur, défense collective

Les manifs sont des moments riches, d’élans collectifs, d’euphories ou de rages, qui peuvent avoir une portée stratégique. La question à se poser, c’est celle de l’objectif à atteindre : la manif, même sauvage, le débordement, est un outil qu’il est possible de penser collectivement pour réaliser nos objectifs, selon ce qui nous semble necessaire pour le mouvement. Nous ne pouvons pas l’abandonner. Bien sûr, les blocages et les piquets de grève sont un autre moment propice à nos interventions, sur lesquels nous pouvons essayer, là aussi, de réaliser des objectifs définis à l’avance pour ne plus être réduits à un rôle passif. À la proposition de délaisser la rue à cause de la répression, nous préférons réapprendre à nous organiser en conséquence. Selon nous, la répression s’articule autour de trois élements liés entre eux : la peur et la guerre psychologique, la violence physique, les arrestations et les conséquences juridiques.

Pour combattre la peur de la répression, nous pensons qu’il est possible de l’aborder de façon rationnelle : les flics ne savent pas tout, ne sont ni omniscients, ni tout-puissants. Une forme de guerre psychologique opère depuis un petit moment, sur la base d’une crainte du renseignement, de chiffres policiers et d’annonces de dispositifs monstrueux et démobilisateurs (« la moitié des forces de police déployées sur la capitale », « 10 000 policiers mobilisés sur une journée de mobilisation ») mais souvent mensongers, ou encore de stratégie de maintien de l’ordre spécifiques (corps à corps, à distance). On peut aussi évoquer l’apparition récente de nouvelles unitées de flics dont la seule présence semble nous démoraliser. Nous pouvons apprendre à ne pas nous décourager de tenter quoi que ce soit sur la base des annonces de la préfecture. Le collectif prend tout son sens pour combattre la peur et le stress de la répression, grâce aux partages d’expériences et de savoir qu’il permet : être solidaires entre nous et prévoir l’antirep avant qu’elle n’intervienne dans nos vies, former des binômes de peurs et d’envies similaires ou au contraire des binômes d’apprentissage, permettre à toustes de réapprendre à se confronter à nos limites tout en instaurant des gardes-fous organisationnels qui permettent que nous nous sentions toustes bien dans la rue.

Ensuite, pour repenser ou retrouver notre capacité d’intervention en manif, nous pensons qu’il est incontournable d’apprendre à se défendre ensemble. Quand le dispositif nous dresse et nous encadre, nous sommes toustes d’accord pour dire que le déborder est essentiel. C’est difficile, mais nous pouvons l’organiser.
D’abord, il faut nous protéger contre les armes de la police, en démocratisant par tous les moyens le matériel de protection. Cela nous permettra de diminuer les risques de blessures graves, donc de retrouver une capacité d’intervention, tout en diminuant les risques juridiques pour les personnes qui se font arrêter avec ces éléments de protection.
Ensuite, nous pouvons transformer les situations de panique et d’instabilité qui produisent le contexte parfait pour les interpellations en des mouvements de foule solidaires et tactiques, par la parole, par les gestes. Nous avons souvent du mal à nous retrouver dans la masse des cortèges parisiens, donnons-nous de la visibilité, sans pour autant tomber dans le piège de l’uniforme ou de l’assignation à une place spécifique. Il faut peut-être que parfois nous soyons capables de quitter l’avant du cortège pour retrouver un élan stratégique ailleurs. Nous pouvons aussi élaborer des stragégies collectives créatives pour brouiller nos identifications, qui constituent tout un axe de la guerre judiciaire.

Essayons de réaliser nos objectifs, même s’ils ne sont pas immédiatement aussi poussés qu’on aimerait. On peut, par exemple, commencer par essayer de rester ensemble tout le long de la manif, de combattre nos peurs et d’y aller progressivement en retrouvant confiance en nous, de ne pas céder à la dispersion prématurée ou instantanée. Nous devons apprendre à gérer la violence physique de la police collectivement, à l’absorber et à l’empêcher toustes ensemble, sans culpabilisation pour le care que ça implique, ni négation virile de la souffrance, par exemple avec des moments de débrief collectif après certains moments difficiles ou violents. Tout cela pour permettre de démocratiser le plus possible la participation à la défense des cortèges et blocages du mouvement.

Enfin, l’arrestation et le passage par le tribunal sont devenus des risques inhérents à toute intervention dans la rue. Là encore, il est possible non seulement de limiter les arrestations, mais de s’y préparer collectivement. Se former et former les autres au déroulement d’une garde-à-vue et d’un procès, par voie orale ou par écrit, peut nous permettre de limiter très fortement l’impact de la répression sur nos vies. Se former peut nous permettre également de lutter contre la dissociation entre bon.nes et mauvais.es manifestant.es, contre la poukaverie et la justice fondée sur le profil social, en appliquant des stratégies collectives pour briser l’isolement et les stratégies policières et judiciaires. Encore une fois, n’attendons pas notre arrestation pour nous préoccuper d’antirépression, défendons-nous ensemble, en amont de la rue, dans la rue, et jusqu’au tribunal.

La Défense collective Paris-Banlieue.

Pour nous contacter : defensecollective-pb@riseup.net

Notes

[1Si nous utilisons le terme de camarade, plutôt que ceux d’ami-e ou de copain-e plus souvent employés, c’est parce que nous pensons que nous n’avons pas besoin d’être forcément ami-es pour lutter ensemble 🙂

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S’organiser pour se défendre collectivement

Notre but est de nous organiser face à la police et à la justice en diffusant des pratiques de défense collective dans les espaces de lutte. Notre perspective est de proposer un autre cadre que la lutte affinitaire. C’est pour cette raison que nous avons choisi de nous constituer en groupe public et ouvert à celles et ceux qui veulent y prendre part. Nous vous invitons à nous rejoindre, tous les dimanches à 18h au local de La Fabrik, au 23, rue du docteur Potain dans le 19e, métro Télégraphe ou Place des Fêtes (la grille d’entrée se situe dans la rue Jean Quarré, interphone « La Fabrik »).

Nous participons nous-mêmes aux mouvements sociaux et avons pu être gardé·e·s à vue, prévenu·e·s ou inculpé·e·s. Nous souhaitons apprendre à déconstruire la peur qu’on intègre parfois au fil de nos expériences de lutte, sans la nier, et nous pensons que cela peut passer par la construction collective d’un rapport rationnel à la répression et par la diffusion d’une culture de la défense. Nos expériences personnelles transformées en savoirs collectifs sont des outils dans le rapport de force qui nous permettra d’obtenir des victoires.
Nous sommes conscient·e·s que la police et la justice sont deux institutions de répression de classe, racistes et sexistes. C’est parce que nous prenons en compte que nous ne sommes pas égales et égaux pour se défendre face aux flics et aux juges que nous voulons travailler à ce que les stratégies de défense soient inclusives et réappropriables par toutes et tous.

Nous considérons que la répression de nos luttes prend la forme d’une chaîne pénale continue entre la rue et le tribunal en passant par la garde à vue. Nous intervenons donc dans ces espaces.

Pour nous, la défense collective doit intervenir avant que la peine ne soit prononcée par le juge. Nous organisons des formations juridiques (depuis la maison jusqu’au tribunal en passant par la garde à vue), pour être mieux armé·e·s face aux manœuvres des flics pour nous faire parler et aux procédures judiciaires rapides comme la comparution immédiate. Les flics nous veulent collaboratives et bavard·e·s, ne leur donnons rien qu’ils puissent ajouter à nos dossiers ou à ceux de nos camarades.
Nous proposons aussi des ateliers de déplacement collectif pour apprendre à déconstruire ses peurs, diffuser des réflexes de cohésion dans la rue, et diminuer les risques de blessures et d’interpellations. Les flics nous veulent individualistes et arrêtent plus facilement les personnes isolé·e·s. Face à eux, nos conditions physiques individuelles ne pourront rien, apprenons ensemble à nous défendre sans virilisme !
N’hésitez pas à nous contacter si vous avez besoin d’une formation pour votre groupe ou espace de mobilisation, sur votre lieu de blocage, d’études ou avant une action ou une manifestation.

Dans la lignée de nos objectifs de formations au déplacement collectif, nous sommes présent·e·s dans les manifs, sur les actions et blocages dans le but de diffuser des pratiques de défense et participer à créer un cadre propice à la diversité des actions. Nous pensons qu’il est possible d’élaborer des stratégies concrètes permettant de dépasser le cadre instauré par l’ordre, quel qu’il soit. Mais ces stratégies ne doivent pas rester l’apanage d’un groupe professionnalisé de militant·e·s, nous pensons qu’elles doivent être réappropriables par toutes et tous. C’est pourquoi nous travaillons à inclure les limites et les peurs de chacun·e et à inventer des rôles pour toutes et tous dans la rue. Nous veillons également à instaurer des moments de débrief constructifs après des moments de tension et des espaces de parole après des moments difficiles psychologiquement ou physiquement.

Au tribunal, nous sommes présent·e·s pour accompagner les prévenu·e·s qui le désirent. Vous pouvez nous contacter si vous avez une date de procès à venir. Nous proposons des lectures collectives de dossiers par intelligence collective, ce qui permet un retour critique sur les failles de nos pratiques dans la rue. Nous réfléchissons ensemble les axes de défense, enrichis par nos expériences pénales passées et nous préparons collectivement au passage devant le juge. Nous souhaitons également bosser sur le rapport aux avocat·e·s ensemble pour sortir du rapport de dépendance et de sacralisation face aux expert·e·s du droit, avocat·e·s ou militant·e·s, en débattant collectivement de nos défenses, même si la personne prévenue aura toujours le dernier mot.
Notre objectif est de contrer les défenses basées sur la délation, la coopération, la dissociation entre bon·ne·s et mauvais·e·s manifestant·e·s, mais aussi les défenses basées sur la stigmatisation de tel ou tel groupe social ou politique. Défendons-nous, mais pas au détriment des autres ! Nous voulons mettre à mal le profilage judiciaire et policier qui ne fait que nous isoler et faciliter l’action répressive sur certain·e·s.

De la rue aux tribunaux, apprenons ensemble à nous défendre collectivement !

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